Meurtre de sang froid

Nous sommes en juillet 2026. La France connaît sa 12ème canicule du mois et je tente de me rafraîchir en attaquant "Meurtre de sang froid", la boite origames qui se déroule dans une station polaire.
Et bien, 2h après, je peux vous dire que je le scénar m'a tellement refroidi que j'ai du enfiler un pilou-pilou, allumer un feu et caler une bouillotte dans mon chocolat chaud.

On est en 2018, Robert Kohler, le responsable de la station Aquilo a, lui aussi, été refroidi. Il n'y a même pas 10 membres dans l’équipe résidente de ce complexe scientifique isolé mais beaucoup trop ont un mobile.
Il va falloir faire le tri entre le logisticien de la base qui serait prêt à tuer 5 personnes pour économiser sur les rations de cassoulet, les chasseurs fascistes bourrés qui confondent encore les pingouins et les manchots et les psychopathes toxicomanes qui rodent en motoneige autour de la station.
J'espère que vous êtes chaud bouillant parce que la narration a de la morve gelée dans la moustache !

Narration 5/10

Comme Mattéo de 4ème B, le jeu se cogne un 5/10 alors qu'il avait de quoi séduire.
Le contexte polaire dans lequel se déroule cet épisode est plutôt rafraîchissant mais finalement très peu exploité. Il y a pourtant moult aspects intéressants à creuser dans les spécificités d'un tel BG (background) : les problèmes logistiques (énergie, ravitaillement, communication...), les conditions climatiques (tempêtes, jour continu...), les projets scientifiques, la promiscuité, les bonhommes de neige...
A peu de choses près, le scénar aurait pu se dérouler dans un sous-marin, dans un LIDL ou sur une aire d'autoroute à hauteur de Montargis, ça n'aurait rien changé.
La trame du méfait souffre elle aussi d'engelure au cerveau (voir plus bas) ce qui nous donne l'impression de mener notre investigation comme si on tricotait avec des moufles.

J'aurais pu décider que c'étaient le matériel ou les mécaniques les responsables de ces soucis, mais j'ai fait comme si les game/narrative designer savaient ce qu'ils faisaient et donc c'est bien la note de narration qui souffre de ces incohérences.

Station (bi)polaire *SPOIL*

 Une pote de ma sœur fait partie de l'équipe scientifique basée sur l'île d'Amsterdam (je te laisse regarder sur google maps, tu vas comprendre au moment de dézoomer). Je lui ai demandé si ça lui semblait possible d'avoir dans l'équipe un morphinomane, même super discret sur sa conso perso (juste un pti fixe comme ça avec un carré de chocolat le soir). Elle m'a répondu que  sur ce genre de mission, eu égard aux processus de recrutement, au staff psy/médical, comme aux habitudes de vie des résidents, y'avait autant de chance de recruter un morphinomane qu'un ragondin fan de Francis Cabrel.
Surtout quand on connaît les effets de la morphine : euphorie, somnolence, vertiges, confusion, douleurs, manque...

Comment on sait qu'il sait ? *SPOIL*

Le crime repose en grande partie sur le fait que Thomas Schneider sait que son voisin de chambre se drogue par intraveineuse. Au delà du fait qu'on vient de voir que c'est quasi impossible qu'un morphinomane soit dans la station, on ne sait pas comment Thomas sait que son voisin se drogue. Est-ce qu'il fouille dans ses affaires ? L'a-t-il vu ? Bref, ça soulève beaucoup de question qui aurait pu aboutir à une trame solide si les auteurs avaient pris la peine de se les poser et de construire autour.

Un secret bien connu *SPOIL*

Thomas Schneider n'est pas le seul à savoir que Martin Moor est toxico : Les documents nous apprennent que Robert Kohler le sait également. Si ça se trouve, d'autres sont au courant...
Dans ce contexte, il devient très hasardeux, voire risqué, de vouloir faire porter le chapeau (le bonnet ?) à Martin uniquement sur la base de la possession des seringues.

La douche froide *SPOIL*

L'épisode de la douche aurait pu être un excellent rouage narratif de ce scénario. Dommage encore une fois de ne pas avoir creusé.
Notons tout d'abord que Maria n'a pas tiqué de ne pas voir les chaussures de Thomas avec le reste de ses affaires dans la salle de bain. Elle a pu passer rapidement, occupée qu'elle était à nettoyer la terre renversée. Ou peut-être qu'elle s'est dit qu'il se lavait avec ses snowboots dont l'entretien de la doublure se fait au gel douche enrichi en karité.
De plus, une douche vide dans laquelle l'eau coule ne fait pas le même bruit qu'une douche dans laquelle quelqu'un se lave...
Mais là encore, on peut mettre ça sur le compte de la rapidité de son passage dans la salle de bain.

Le temps se dégrade *SPOIL*

Il y a tous ces détails qui merdouillent, mais il y a d'autres soucis plus graves : les incohérences de timing. Pourquoi Maria met 1'34 à sortir du cabinet médical au moment de la coupure de courant ? Que se passe-t-il pendant 1'06 alors que Maria est sortie dans le couloir et avant que le chewing-gum gum soit placé sur la caméra par Schneider ? (voir vidéo)
Pourquoi Schneider n'a pas croisé Klaus en se rendant ou en quittant le cabinet médical alors que Maria l'a croisé ? Où était-il ? (voir vidéo)

Flocon comme un balais *SPOIL*

Quand on sait que les RH ont recruté un toxicomane, on s'étonne plus vraiment d'apprendre que le premier réflexe (allez second car elle a d'abord tenté, en vain, de remettre les fusibles) de Maria quand le courant saute c'est d'aller chercher une serpillière plutôt qu'une lampe.
Et pourquoi attend-elle sa rencontre avec Klaus pour aller la chercher cette lampe ?

Mais sur le podium des perso teubés, elle n'égale pas Thomas Schneider qui échafaude un plan de dingue pour commettre le meurtre mais est capable ensuite de laisser la fiole d'Anduran sur la photo de son labo qu'il envoie à la revue.
C'est l'arme du crime merde ! C'est assez improbable que ça lui sorte de l'esprit tout de même !

Vous avez dit "Polar" ?

Mécaniques 7/10

Investigation documentaire classique mais efficace : On croise les infos obtenues dans les différentes pièces du dossier pour déduire qui parmi les suspects a un alibi, un mobile et aurait eu l'opportunité de commettre le crime.
On potasse ainsi une belle diversité de documents (photos satellite, compte de réseaux sociaux, journal...) et on a même droit à une petite énigme -assez peu réaliste- mais notre suspension d'incrédulité est là pour nous permettre de kiffer quand même. 😉

Je suis quand même content qu'ils aient tenté l'huis clos, c'est pas facile.

Lose polaire *SPOIL*

Voici un petit florilège des soucis mécaniques de "Meurtre de sang froid" :

  • Les incohérences de timing au moment du crime (voir narration) rendent difficile et bancale la reconstitution des faits,
  • Dommage que l'incrimination de Schneider repose quasi-exclusivement sur la photo (bien cachée) de l'Anduran (mal caché) dans son labo. C'est audacieux et mérite d'être relevé mais malheureusement pas très bien amené,
  • Dommage qu'on ne puisse pas démonter l'alibi de la douche avec l'histoire des chaussures (voir narration), le travail était entamé !
  • En l'état, il nous est impossible de disculper Maria. Elle pourrait tout à fait être complice surtout au regard des anomalies de timing (voir narration)...

Matériel & Rendu 7/10

Rien à redire concernant la qualité du matériel, la UX et la UI. Pour 22€ vous en avez pour votre argent. En revanche, terminer l'enquête en 90 min me semble un peu audacieux (on a mis 2h en prenant notre temps)...

Fragilistique logistique *SPOIL*

Dommage d'avoir une seringue qui ne sert à rien surtout si c'est celle du crime (ça fait cher en matos dans la boite pour une fausse piste). Idem avec la photo de la chaussures, alors qu'encore une fois, il y aurait pu y avoir quelque chose de chouette à développer avec ces histoires de douche, de godasses et de gel douche spécial snowboots.

Note globale 6/10

Niveau matos et mécanique, on est bon, c'est du classique. Mais niveau scénar, c'est pas bon. On s'encastre dans une congère et c'est toute la colonie de manchots qui vient nous mettre la fessée pour nous rappeler que ce genre de foirage brise l'immersion et fait monter artificiellement la difficulté (et le niveau des océans).

  • 📚 Narration : 5/10
  • ⚙️ Mécaniques : 7/10
  • 🧳 Matériel : 7/10

🧠 Difficulté : 3.5/5

Meurtre de sang froid

Les flammes d’Adlerstein

Auteurs : Georgij Shugol, Alexander Krys & Igor Korotky
Illustrateurs : Chris Lattner, Federico Meloni & Yann Veleani
Editeurs : Origames

Note globale 6/10

Niveau matos et mécanique, on est bon, c'est du classique. Mais niveau scénar, c'est pas bon. On s'encastre dans une congère et c'est toute la colonie de manchots qui vient nous mettre la fessée pour nous rappeler que ce genre de foirage brise l'immersion et fait monter artificiellement la difficulté (et le niveau des océans).

  • 📚 Narration : 5/10
  • ⚙️ Mécaniques : 7/10
  • 🧳 Matériel : 7/10

🧠 Difficulté : 3.5/5

Meurtre de sang froid

Les flammes d’Adlerstein

Auteurs : Georgij Shugol, Alexander Krys & Igor Korotky
Illustrateurs : Chris Lattner, Federico Meloni & Yann Veleani
Editeurs : Origames